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L’efficacité des interventions psychologiques pour prévenir la douleur chronique

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Depuis les 10 dernières années, la prévention de la transition de la douleur aiguë à chronique a suscité un intérêt croissant auprès de la communauté scientifique. Cet intérêt peut s’expliquer par la reconnaissance des conséquences individuelles et sociales de la douleur chronique, une meilleure compréhension des mécanismes physiopathologiques, ainsi que l’identification des facteurs de risque associés. De nombreux facteurs de risque de nature psychologique sont reconnus pour contribuer à l’apparition de la douleur chronique, comme l’anxiété, la dépression, la catastrophisation (dramatisation) de la douleur et la kinésiophobie, soit la peur de faire certains mouvements.

But

Des scientifiques se sont donc penchés sur l’évaluation de l’efficacité des interventions psychologiques pour prévenir la douleur chronique. L’équipe a évalué les retombées des études cliniques contrôlées randomisées portant sur l’évaluation des interventions psychologiques sur l’intensité de la douleur à 3 mois et plus après le début de la douleur en comparaison aux traitements usuels, à la transmission d’information ou à aux interventions de soutien. Les chercheur.e.s ont également évalué les retombées de ces interventions sur les incapacités reliées à la douleur, les symptômes d’anxiété et de dépression, la catastrophisation de la douleur, la kinésiophobie, l‘auto-efficacité face à la douleur, la qualité de vie, les impacts sociaux comme l’utilisation des services de santé et le retour au travail, et les évènements indésirables.

Méthodologie

L’équipe a mené une recherche d’études cliniques contrôlées randomisées dans cinq bases de données. Aucune limite de langue ou de date n’a été appliquée à la recherche. Les études devaient avoir été réalisées auprès d’adultes de 18 ans et plus présentant une douleur non-cancéreuse depuis moins de trois mois. Les interventions psychologiques devaient cadrer avec les définitions suivantes : les approches cognitives-comportementales incluant la psychoéducation, les interventions d’auto-gestion, l’hypnothérapie, les interventions d’acceptation et d’engagement et les interventions de réduction du stress par la pleine conscience. Deux évaluateurs indépendants ont procédé au tri et à l’évaluation de l’éligibilité des études, à l’extraction des données pertinentes, ainsi qu’à l’évaluation de la qualité méthodologique des études et de l’évidence en lien avec les retombées évaluées.

Résultats

Au total, 18 études ont été retenues. Les études comportaient un peu plus de femmes que d’hommes et la plupart ont été effectuées auprès de personnes adultes d’âge moyen à avancé avec de la douleur au dos. Les interventions psychologiques n’ont pas démontré d’effet significatif sur l’intensité de la douleur et sur les issues psychologiques telles que l’anxiété et la dépression à 3 mois et plus après l’apparition de la douleur. Un effet modéré sur les incapacités reliées à la douleur à 12 mois a été démontré lorsque les interventions psychologiques étaient comparées aux traitements usuels. De plus, un faible effet a été démontré sur l’auto-efficacité face à la douleur à 3 mois lorsque les interventions psychologiques étaient comparées à la transmission d’information. Un risque élevé de biais a été obtenu dans la plupart des études retenues. Aussi, les retombées évaluées étaient basées sur des preuves de faible qualité en raison des biais dans les études et la variabilité dans les résultats obtenus d’une étude à l’autre. Cela signifie qu’il est très probable que des recherches supplémentaires aient un impact sur notre confiance en lien avec les résultats obtenus dans cette étude.

À retenir

Cette revue systématique a mis en évidence le manque de preuves nécessaires pour élucider le rôle des interventions psychologiques dans la prévention de la transition de la douleur aiguë à chronique. Certains résultats positifs ont été observés en ce qui concerne l’effet de ces interventions sur les incapacités et l’auto-efficacité à gérer la douleur, mais ils devront être devront être confirmés par d’autres recherches. Davantage d’études de haute qualité réalisées auprès de patient.e.s à haut risque de douleur chronique permettraient d’améliorer notre compréhension de l’efficacité des interventions psychologiques pour prévenir ce type de douleur.

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